mercredi 15 février 2012

Ma plume est en deuil ce soir

Ma plume est en deuil ce soir. Il y a deux ans, nous étions le 15 février 2010. Il y a deux ans, la Belgique a connu l’un de ses plus graves accidents ferroviaires. Il y a deux ans, j’apprenais une terrible nouvelle. Il y a deux ans, jour pour jour, j’ai perdu un ami dans cet accident. Ma plume est en deuil ce soir.

Il y a deux ans, j’étais en colère. En colère contre un mal caché sous le nom de SNCB. J’en voulais à « cette bande d’incapables qui jouent avec nos vies chaque jour sans se soucier de ce qui pourrait nous arriver sur le rail ». Je ressentais une haine particulière envers Infrabel, qui « préfère investir dans la reconstruction et la rénovation de certaines gares alors que la sécurité du rail est un point faible notoire ». Il y a deux ans, je ne pouvais pas croire que mon ami avait perdu la vie à cause d’eux.

Il y a un an, j’étais toujours en colère contre cette société privée qui « se soucie plus du fric qu’elle se fout dans les poches que des vies avec lesquelles elle joue ». J’éprouvais toujours cette haine incontrôlable pour Infrabel, qui paradait avec « ses jolies gares coûteuses ». Il y a un an, je commençais à me faire à l’idée que mon ami était parti. Il y a un an, je commençais à faire mon deuil.

La nuit passée, je n’ai presque pas dormi. Je redoutais cette date du 15 février comme la mort. Je n’avais qu’une idée en tête : dormir pour échapper à la réalité. Échapper au chagrin et à la tristesse que je ressens toujours. La nuit passée, le temps de quelques heures, j’ai pu éviter d’accepter la mort de mon ami.

Ce matin, je me suis réveillée le cœur gros. Je me suis levée, comme d’habitude, mais la réalité m’a rappelé qu’il y a deux ans, une chose a changé. Je suis partie de chez moi, comme il était parti de chez lui. Comme d’habitude, j’ai pris le train et je me suis assise dans le dernier wagon. J’ai développé ce que certain appellent le « syndrome Buizingen ». Lui, il avait pris le train pour commencer son stage. Lui, il s’était assis dans le premier wagon.

Chaque jour, je pense à lui. Lui qui n’était, comme nous, qu’un étudiant. On dit que le temps panse les blessures. C’est vrai. Mais il n’efface pas la trace de cette déchirure. Il nous permet de guérir, mais pas d’oublier. Oublier serait trop simple. Oublier serait un signe de lâcheté. Oublier serait une tricherie.

Je suis en deuil ce soir. Mais je n’éprouve plus de colère ni de haine. Comment en vouloir au hasard, lui qui fait si bien les choses, paraît-il. Comment en vouloir à un détracteur invisible, voire inexistant.

Je suis en deuil ce soir, mais je suis aussi contente de pouvoir me rappeler que nous ne sommes pas éternels. Je suis soulagée de constater que mon chagrin n’a pas disparu. Si je n’éprouve plus de peine, à quoi bon essayer de me souvenir de lui.

Ma plume est en deuil ce soir. Si j’écrivais sur un bout de papier, l’encre s’effacerait au fur et à mesure que mes larmes de tristesse et de joie couleraient.

Ma plume est en deuil ce soir. 

Chouk@

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