Mardi 6 janvier 2015
Je suis Sarah. Je rentre du boulot, il est 17h30. Je dis
bonjour à mes parents, on mange la galette des rois. Pas de chance, je ne l’ai
pas gagnée. Ce sera pour l’année prochaine.
Mercredi 7 janvier 2015
Je suis Sarah. Je pars au boulot, il est 6h30. J’écoute la
radio en maudissant les files qui se forment sur le ring de Bruxelles.
J’arrive au boulot, il est 7h50. Je m’installe et je
commence à travailler. Peu après, un collègue me demande ce qu’est Charlie
Hebdo. Il est Flamand et ne connaît pas le journal satirique. Je lui explique donc
ce qu’est Charlie Hebdo, pour entendre de sa bouche qu’il n’est plus. Une
fusillade a eu lieu, les quatre piliers du canard et huit autres personnes ont
perdu la vie.
Je ne me rends pas tout de suite compte des répercussions que
cet acte barbare aura dans les heures, les jours à suivre. Au fil de la
journée, les informations circulent, elles sont relayées par les réseaux
sociaux à la vitesse de l’éclair.
Je rentre du boulot, il est 17h30. Je dis bonjour à mes
parents, on passe à table. Je m’installe dans le divan et scrute le net et les
journaux télévisés en quête d’informations supplémentaires, de vérité.
Ce soir, je suis devenue Charlie.
Jeudi 8 janvier 2015
Une nouvelle fusillade a lieu dans les rues de Paris. Une
policière est mortellement touchée, un troisième homme se rend complice du
crime contre la liberté d’expression originellement perpétré dans les locaux de
Charlie Hebdo.
Aujourd’hui, la chasse commence.
Vendredi 9 janvier 2015
Je pars au boulot, il est 6h30. J’allume la radio, espérant
entendre que la chasse à l’homme a pris fin, révélant une issue funeste pour
les trois assassins et une fin heureuse pour tout un pays, tenu en haleine
depuis deux jours.Tout au long de la journée, j’attends une notification qui
me fera sourire. En vain.
Je pars du boulot, il est 16h30. J’allume la radio. Flash
info : deux prises d’otages sont en cours. Mon cœur se met à battre très
vite, et je me rends compte, horrifiée, que rien n’est terminé. Les
journalistes sur place sont aux aguets et tentent tant bien que mal d’informer
leurs auditeurs, qui suivent de près l'évolution de la situation depuis les attentats du 7 janvier 2015.
Au fil des reportages, j’entends des détonations, des coups
de feu, des cris. Les journalistes cèdent à la panique l’espace de quelques
secondes, avant de reprendre un ton professionnel et posé. Ils s’accordent tous
à dire « l’assaut final est lancé », « les forces de l’ordre
mettent fin à une traque de trois jours », etc. J’ai à ce moment-là une
boule au ventre et les larmes aux yeux. Des larmes de peur, de frustration, de
joie, de colère, de tristesse, d’indignation, d’impuissance coulent sur me
joues.
À ce moment-là, je suis triste d'apprendre que quatre otages ont perdu la vie dans le chapitre final des attentats du 7 janvier 2015, mais je suis également soulagée de voir ces trois sauvages
rejoindre l’enfer qu’ils redoutaient tant. À ce moment-là, je suis contente de les voir punis, de les voir mourir au nom d'une religion qu'ils ont purement et simplement inventée. À ce moment-là, je suis contente qu’ils
aient payé le prix de leurs actes. À ce moment-là, je suis Charlie.
Sarah, alias Charlie.

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